De la prévention plutôt que de la répression

De la prévention plutôt que de la répression

« La première et la dernière image que vous avez sur un lieu festif, c’est nous. Si le public est accueilli par « des gros bras » ou des gens qui font la gueule parce que le poste ne leur convient pas, l’image qu’il garde de l’événement n’est pas terrible. L’accueil du public et la prévention des risques constituent l’essentiel de notre travail »

Yann Christodoulou – (Budo Sécurité)


Yann Christodoulou est directeur d’une entreprise de sécurité qui intervient en milieux festifs. Il est également formateur pour « Ici c’est cool ». Rencontre.

Bonjour, pouvez-vous commencer par vous présenter ?

Je m’appelle Yann Christodoulou et j’ai 52 ans. Depuis plus de 25 ans, je suis éducateur sportif dans deux disciplines martiales et enseignant pour trois associations. J’ai également été cadre technique régional pendant 10 ans. Cela m’a amené à former des gens en sécurité publique et privée. En 2012, j’ai monté Budo Sécurité et Atlantique Budo avec un copain pour m’occuper de la sécurité du camping du Hellfest. Et je m’en occupe chaque année depuis ! En tant que professionnel de terrain en sécurité privée, spécialisé en événementiel, j’ai également travaillé pour l’Euro 2016 de foot et l’Euro 2018 de handball et je travaille encore pour La Nuit de l’Erdre, Motocultor Festival, Transfert…. Enfin, je suis formateur en gestion de stress et de conflits dégradés. Je suis intervenu pour le Groupement d’établissements publics d’enseignement (GRETA), en psychiatrie et en sport en milieu carcéral pour les détenus et des sociétés privées.

Comment en êtes-vous arrivé à travailler pour le Hellfest ?

J’ai fait ma première prestation chez eux en 2011 à titre personnel dans les fosses. L’année suivante, les organisateurs du festival recherchaient une nouvelle structure pour prendre en charge la sécurité de la zone nuit (avec le temps ils nous ont aussi confié la voirie et tous les extérieurs) afin que les choses se passent mieux. L’idée était que la sécurité sur ces zones-là devienne un véritable service structuré avec des règles et des procédures afin que tout soit traçable et réutilisable plus tard et avec une volonté de constante d’amélioration des process. Nous ne sommes pas là pour participer à la fête mais pour faire en sorte que la fête se passe dans les meilleures conditions possibles.

De combien de personnes est constituée votre équipe ?

Sur un événement comme le Hellfest, j’ai une équipe de 110 personnes recrutées par Budo Sécurité.

Comment gérez-vous les cas d’agressions ?

Que ce soit pour gérer la victime et la personne accusée, une procédure bien menée  repose sur la mixité des équipes de sécurité, un lieu dédié à l’accueil des victimes, le respect des personnes, le non-jugement, la prise en compte objective des éléments et le fait de recueillir le maximum d’informations à charge ou à décharge. Le but est qu’il puisse ensuite y avoir une vraie procédure et que notre travail puisse avoir une réelle utilisation. Nous sommes souvent convoqués par la gendarmerie ou par la police quelques mois après l’agression. Lors de ces auditions, il est indispensable que nous apportions des informations traçables pour ne pas que les procédures tombent à l’eau.

Comment vous êtes-vous intéressé à ce sujet ?

Les agressions sont inhérentes au monde de la nuit et des festivals, au milieux festifs. Il y a de vrais prédateurs, mais il y a surtout beaucoup « d’idiots » qui ne savent pas communiquer. J’ai l’impression qu’en termes de technologie, il est devenu très facile de communiquer mais que les gens ne savent plus communiquer entre êtres humains. Quand ils se retrouvent dans un milieu festif, qu’ils ont bu de l’alcool ou consommé des produits, ils n’ont plus les codes pour avoir les comportements appropriés. Ils prennent ce dont ils ont envie, estiment qu’ils ont le droit de tout faire. C’est là que nous intervenons pour rappeler que ce n’est pas comme cela que les choses se passent. Pour moi, c’est un véritable problème d’éducation.

Vous intervenez également pour des boîtes de nuit ?

Depuis 2019, Budo Sécurité gère également la sécurité d’un club plutôt LGBT à Nantes avec une équipe de six permanents. Dans ce type d’établissements, nous avons à faire à un public différent que sur un festival. Ils n’ont pas l’habitude d’avoir un service de sécurité qui ne les juge pas et les choses se passent bien. La sécurité reste un métier assez macho avec des idées parfois bien arrêtées. Comme sur tous les sites où nous intervenons, il est indispensable de réaliser un véritable profilage de tous les postes afin que les personnes recrutées correspondent au mieux aux différents postes. Une préparation rigoureuse avec les clients est toujours nécessaire pour bien comprendre leurs attentes. Dans ce club, nous avons réalisé un véritable tri, aussi bien au niveau du public qui entre qu’au niveau du public attendu par les organisateurs pour assurer une ambiance sécurisée. Nous faisons en sorte de ne pas être dans la répression mais dans l’enseignement des bonnes pratiques. Comme les gens ne sont pas chahutés, généralement, ils écoutent.

Vous avez comme conviction qu’un lieu festif safe, c’est bon pour le business. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

La première et la dernière image que vous avez sur un lieu festif, c’est nous. Si le public est accueilli par « des gros bras » ou des gens qui font la gueule parce que le poste ne leur convient pas, l’image qu’il garde de l’événement n’est pas terrible. L’accueil du public et la prévention des risques constituent l’essentiel de notre travail. La façon dont nous réalisons ce travail est ce qui instaure la confiance et le respect avec les festivaliers et les fêtards. Dans les différents lieux, les gens finissent par nous connaître. Ils savent qu’ils seront écoutés en cas de problème.

Quel est votre lien avec « Ici c’est cool » ?

L’année dernière, je participais comme stagiaire. Cette année, à la demande du Pôle de coopération, je suis devenu intervenant pour le Pôle des musiques actuelles en Pays de la Loire. Mon intervention servira à faire le point sur l’existant dans les différents sites et proposer des pistes et des méthodes de travail pour aider à coordonner les équipes bénévoles et professionnelles. 

Quel est votre sentiment sur la campagne « Ici c’est cool » ?

Je trouve les visuels très percutants. Il était temps que l’on s’intéresse au sujet des violences en milieux festifs pour que la lutte se structure sur les événements. Même si les publics et les ambiances sont différents, il est important d’avoir un socle commun. Le fait de structurer la sécurité permet ne pas être dans l’émotionnel mais dans le pragmatisme. La formation et l’encadrement des équipes de sécurité permet un cadrage efficace. Quand les équipes sont bien encadrées, il n’y a pas de dérapages. Cela permet ensuite à la police d’avoir des éléments solides pour ses enquêtes. Quand les procédures ne sont pas classées faute de rigueur dans les interventions, les victimes n’ont pas l’impression d’être agressées une seconde fois. C’est plus long, c’est plus contraignant, mais quand la victime a obtenu gain de cause et que l’agresseur est condamné légalement, c’est notre plus belle récompense.