Former toujours plus, une conviction forte pour Octopus !

Former toujours plus, une conviction forte pour Octopus !

« Depuis plus d’un an maintenant, nous avons souhaité intégrer dans notre projet Label & La Fête la question de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, mais aussi les LGBTphobies, car cela rentre totalement dans la question du bien-être en milieux festifs ».

Louise Lourdou


Chargée de mission RDR-Prévention au pôle prévention d’Octopus, Louise Lourdou met en place des actions autour de la question du bien-être en milieux festifs. Rencontre.

Bonjour Louise, vous êtes Chargée de mission RDR-Prévention chez Octopus, pouvez-vous nous raconter quel a été votre parcours ?

J’ai bientôt 33 ans et je suis arrivée chez Octopus en avril 2019. J’étais tout d’abord Chargée de Projet Label et La Fête qui est un label de promotion de la santé et du bien-être en milieux festifs en Occitanie et je suis désormais Chargée de mission RDR-Prévention. Je suis arrivée là de façon complètement détournée puisque j’ai fait des études de Lettres. J’étais militante dans l’association Act Up Sud-Ouest qui m’a formée et où je faisais de la prévention. Avant d’arriver à Octopus, j’ai travaillé à Fêtons Plus Risquons Moins sur des soirées et des festivals.

Pour nos lecteurs.trices, pouvez-vous expliquer ce que signifie « RdR » ?

La RDR, c’est la Réduction des Risques. Il s’agit d’une politique publique liée à l’usage de drogues (qu’elles soient légales comme le tabac et l’alcool, ou illégales comme le cannabis et la cocaïne par exemple). À la base, la réduction des risques était surtout de l’auto-support, c’est à dire que c’était des usager.e.s de drogues qui ont commencé à faire de la réduction des risques par eux.elles-mêmes et c’est ensuite devenu une politique publique, notamment avec le programme d’échange de seringues. C’était auparavant interdit en France car l’on considérait que c’était de l’incitation. C’est ensuite devenu une politique de santé publique car l’on s’est rendu compte que les contaminations au VIH chez les publics injecteurs avaient quasiment disparu grâce à cela. Le principe de la réduction des risques est d’être dans le non-jugement vis-à-vis des personnes usagères et d’accepter l’idée de la consommation. La consommation de drogue, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Au lieu de réprimer, il vaut mieux accompagner les personnes dans leur usage de produits, voire dans leur volonté de se sevrer si cette volonté est là. La RDR en milieu festif se fait notamment avec de la distribution de matériel à usage unique : les seringues, mais aussi les « Roule Ta Paille » pour les gens qui sniffent et les pipes à crack à usage unique pour les gens qui fument du crack. Elle est souvent associée à de la prévention aux risques sexuels avec la distribution de préservatifs, et aux risques auditifs avec les bouchons d’oreilles.

Les fameuses « salles de shoot », qui font tant débat, font donc partie de la RdR ?

Tout à fait, mais ce terme de « salles de shoot » est souvent utilisé par les détracteurs. Nous préférons parler de « salles de consommation à moindre risque » car il s’agit de lieux ultra-médicalisés, en lien avec l’hôpital, avec des professionnels de santé.

Pouvez-vous parler un peu d’Octopus ?

Octopus, c’est la Fédération des Musiques Actuelles en Occitanie, comme il y en a dans chaque région. Nous avons actuellement une centaine d’adhérents (salles de concert, producteurs indépendants, festivals…) et 10 salariés répartis entre Montpellier et Toulouse. Octopus est une association assez jeune puisqu’elle a été créée au moment de la fusion des régions fin 2018. Avant cela, il y avait Avant Mardi côté Midi-Pyrénées et le RCA côté Languedoc-Roussillon. Nous avons plusieurs pôles chez Octopus : le pôle Formation professionnelle continue, le pôle Information-ressource, Accompagnement, le pôle Coopération, concertation, représentation de la filière et le pôle RDR-Prévention, dont je fais partie.

Quelles sont les actions que mènent le pôle Prévention ?

Ce pôle a un gros axe d’éducation au sonore pour faire de la prévention aux risques auditifs. Nous organisons les Peace & Lobe, des spectacles à destination des collégien.ne.s et lycéen.ne.s que nous déployons sur toute la région Occitanie, et Écoute, Écoute, des spectacles à destination du jeune public (CM1, CM2, 6e). Il s’agit dans les deux cas de spectacles éducatifs avec des groupes qui viennent jouer de la musique. Dans le cas d’Écoute, Écoute, il s’agit souvent des premiers concerts des enfants. Nous avons également toute une partie sensibilisation avec la diffusion de campagnes, la distribution de bouchons d’oreilles aux organisateurs.trices d’événements festifs et le prêt de casques pour les enfants. Nous avons des relais départementaux (une à deux structures par département) qui s’occupent de diffuser les campagnes. Cette prévention est essentielle car l’audition est quelque chose que l’on ne récupère jamais. Nous sommes nombreux.ses dans les générations précédentes à ne pas avoir fait très attention et à nous rendre compte que nous avons aujourd’hui des acouphènes, des pertes d’audition et que c’est dommage quand on aime la musique de ne plus pouvoir en profiter dans les mêmes conditions qu’avant. Comme toutes les préventions, plus tôt on les fait, plus c’est positif.

Vous faites également de la prévention aux violences sexistes et sexuelles en milieux festifs, pouvez-vous nous en dire plus ?

Tout à fait ! Il s’agit du projet Label & La Fête sur lequel je travaille, et qui est co-porté par Act Up Sud-Ouest avec qui nous sommes partenaires opérationnels. À la base, ce projet était vraiment axé prévention RDR. L’idée est d’inciter les professionnel.le.s du milieu festif à se former sur ces questions et à mettre en place des actions à destination de leurs publics et de leurs équipes. Depuis plus d’un an maintenant, nous avons souhaité intégrer la question de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, mais aussi les LGBTphobies, car cela rentre totalement dans la question du bien-être en milieux festifs. Il n’est pas normal que de trop nombreuses personnes ne se sentent pas à l’aise quand elles veulent aller faire la fête, voire ne s’autorisent pas à aller faire la fête dans certains lieux à cause de l’ambiance. Là encore, il s’agit de former les professionnel.le.s et les inciter à mettre en place des actions spécifiques.

Quel accueil recevez-vous pour ces actions de la part des professionnel.le.s avec lesquels vous travaillez ?

J’ai l’impression que ces derniers temps, il y a enfin eu une réelle prise de conscience dans le monde des Musiques Actuelles- un grand merci à tous les mouvements féministes, et notamment #MeToo, qui ont permis cela.

Quand nous avons voulu lancer le projet, j’avais regardé s’il y avait des associations spécialisées sur ces questions-là dans le milieu des Musiques Actuelles, et à l’époque, il n’y avait que l’association Consentis qui existait et qui venait d’être créée. Ces derniers mois, de plus en plus de structures se créent et parlent de ces sujets, cela fait plaisir à voir. Les professionnel.le.s que nous accompagnons se rendent désormais compte qu’il s’agit d’un sujet central.

Vous connaissez la campagne lancée par Ici C’est Cool, qu’en pensez-vous ?

Cette campagne fait partie des premiers supports qui ont été réalisés sur ce sujet. C’est super d’avoir des supports : cela oblige les organisateurs.trices à se poser des question et cela leur permet de communiquer auprès de leurs publics sans que cela soit trop chronophage pour eux.elles. De plus, tout le monde n’a pas les moyens de développer sa propre campagne donc avoir des campagnes comme celle-ci à disposition est primordial.

Sentez-vous déjà un changement de mentalité chez les publics ?

Avec la pandémie, cela fait longtemps que je n’ai pas vu de publics, mais je vais enfin assister à un festival, Rio Loco, la semaine prochaine. J’espère que nous allons retrouver le public en bonne forme car cette crise a affecté tout le monde. Je me fais surtout du souci sur la question des consommations car j’ai un peu peur que tous ces gens qui ne sont pas sortis depuis mille ans lâchent la bride. Nous espérons qu’ils penseront à boire de l’eau aussi ! Cette prévention fait également partie du spectre d’intervention du label puisque nous essayons d’être le plus complet possible sur tous les risques liés à la fête : consommation de produits et d’alcool, harcèlement, violences…

Quelles sont les formations que vous proposez ?

Nous avons une formation sur la Réduction des Risques en milieux festifs faite par un collègue formateur d’Act Up Sud-Ouest. Pour la formation contre les violences sexistes et sexuelles, nous travaillons également avec Act Up Sud-Ouest et l’association La Petite, qui est basée à Toulouse et travaille sur la question de l’égalité des genres dans les Musiques Actuelles. L’année dernière, nous avons fait trois sessions de formation (2 sessions RdR et 1 session Violences sexistes et sexuelles). Cette année, nous aurons a priori quatre sessions de formation (1 session RDR et 3 sessions Violences sexistes et sexuelles). Cela représente chaque année entre 40 et 50 personnes. C’est un volet de notre activité en plein développement et je pense que cela va vraiment exploser. Le CNM a mis en place un protocole de lutte contre le harcèlement. Désormais toutes les structures qui souhaitent demander des aides au CNM doivent faire suivre une formation contre les violences sexistes et sexuelles à leurs dirigeant.e.s et notre formation est éligible, nous avons donc de plus en plus de demandes.

Lors de ces formations, vous avez constaté une vraie méconnaissance du sujet ?

Jusqu’à présent, les gens qui ont participé à ces formations étaient des personnes déjà très sensibilisées. À partir de maintenant, je pense que nous allons avoir de plus en plus de personnes qui vont découvrir le sujet.

Quelles sont les actions de sensibilisation mises en place par les structures que vous accompagnez ?

Nous constatons la volonté d’avoir des stands d’associations. Elles diffusent également beaucoup les campagnes de communication, notamment celle d’Ici C’est Cool. Nous les incitons également à former leurs équipes et bénévoles spécifiquement sur ces questions car il est indispensable d’être formé à recueillir la parole des victimes.

Un petit mot de la fin ?

Après cette mise à l’arrêt brutale et un peu déprimante, j’espère que la fête va reprendre dans les meilleures conditions possibles et qu’elle sera la plus inclusive, la plus « safe » et la plus heureuse possible !

Propos recueillis par Fabienne Jacobson